Explication · Cas pratique
IA documentaire en PME : date d’effet ou date d’enregistrement ?
Une correction reçue aujourd’hui change-t-elle le passé ? Comprendre les deux dates d’une information et les tester dans un assistant RAG de PME.

Une information a parfois deux histoires : quand elle s’applique et quand votre système l’a enregistrée. Pour expliquer un devis passé, un assistant IA doit pouvoir distinguer les deux. Sinon, une correction reçue aujourd’hui peut lui faire raconter que l’entreprise disposait déjà de cette information la semaine dernière.
L’intérêt pour une PME : retrouver les raisons d’une réponse client, analyser une erreur et mettre à jour ses documents sans rendre l’historique incompréhensible. Un assistant qui a toujours raison après coup serait assez reposant. Jusqu’au prochain désaccord.
Deux dates pour deux questions différentes
Le principe est connu en bases de données sous le nom de bitemporalité. Il distingue la période de validité d’un fait et son historique d’enregistrement dans le système. Les documentations techniques d’IBM et de XTDB décrivent cette distinction ; elle ne dépend pas de l’achat de ces produits.
| Question | Date ou période à examiner |
|---|---|
| « Quel tarif était applicable le 8 octobre, selon les informations corrigées aujourd’hui ? » | La période de validité métier. |
| « Quel tarif notre système indiquait-il le 8 octobre ? » | L’historique d’enregistrement dans ce système. |
Attention : ce qu’un logiciel enregistrait ne prouve pas tout ce qu’une personne savait. Un commercial peut avoir reçu un mail absent de la base. On reconstitue l’état des sources disponibles dans un système donné, pas la mémoire collective de toute l’entreprise.
Le cas d’une correction reçue après le devis
Voici un exemple entièrement fictif. Le 1er octobre, un prestataire enregistre un tarif de 120 € pour une prestation. Le 8, son assistant s’appuie dessus pour préparer un devis. Le 12, le responsable constate une erreur de saisie : le montant approuvé était de 110 €, applicable depuis le 1er octobre.
| Historique enregistré | Validité métier déclarée | Information conservée |
|---|---|---|
| Du 1er octobre jusqu’à l’enregistrement de la correction le 12 | À partir du 1er octobre | 120 €, valeur erronée alors présente dans le système. |
| À partir du 12 octobre | À partir du 1er octobre | 110 €, correction approuvée avec sa pièce justificative. |
Aujourd’hui, « quel était le bon tarif le 8 ? » et « quelle valeur l’assistant pouvait-il retrouver le 8 ? » conduisent donc à deux réponses distinctes : 110 € et 120 €, dans ce scénario et ce système.
Cela n’autorise pas à modifier automatiquement un devis déjà envoyé. La correction des données et la décision commerciale sont deux étapes différentes, à faire valider par les personnes habilitées.
Pourquoi un RAG ne résout pas cela tout seul
Le RAG, ou génération augmentée par récupération, recherche des passages documentaires avant de les transmettre au modèle pour rédiger sa réponse. Ce mécanisme ne réentraîne pas le modèle. Le guide de la Direction générale des Entreprises présente ses usages et ses prérequis.
Si l’ancienne valeur a été écrasée, la recherche ne peut pas reconstituer magiquement son historique. Si les deux versions existent sans dates explicites, le modèle peut confondre leur rôle. Fournir davantage de pages dans un contexte long ne crée pas les dates manquantes.
La prépublication scientifique TIDE, de Sobhani et ses coauteurs, publiée en août 2026, étudie la sélection de versions applicables dans des documents évolutifs. Elle porte sur des textes douaniers du Bangladesh, pas sur des tarifs de PME ni sur un test de bitemporalité. Elle montre l’intérêt d’évaluer la date d’une réponse, au-delà de son seul contenu.
Quel niveau d’historique prévoir ?
| Dispositif | Ce qu’il apporte | Limite |
|---|---|---|
| Garder seulement le fichier actuel | Répondre sur une référence active | N’explique pas les anciennes réponses. |
| Archiver les versions avec leurs dates d’effet | Retrouver la règle d’une période | Ne suffit pas si les dates d’enregistrement manquent. |
| Conserver validité et historique d’enregistrement | Reconstituer l’état connu du système pour une date métier | Demande des règles et des traces fiables. |
Pour un premier essai, partez d’une seule information importante. Identifiez sa référence, sa période de validité, ses dates d’enregistrement, son statut, son responsable et la preuve de correction. Appliquez les droits d’accès aux archives comme aux documents actuels. Pour établir ce que l’assistant a réellement utilisé, conservez aussi les extraits transmis et la réponse produite : l’état de la base ne suffit pas.
Le test à poser avant de connecter l’assistant
Sur des données fictives, posez les deux questions du tableau au même assistant. Vérifiez qu’il indique la date métier et la date d’observation, cite la version utilisée et signale un historique incomplet. Une réponse juste une fois ne garantit pas la fiabilité : recommencez avec plusieurs dates et corrections.
Notre guide pour cadrer un projet IA aide à définir ces essais. La méthode proposée ici sert à rendre les réponses explicables ; elle ne constitue ni une certification d’archivage ni une preuve juridique de ce que chacun savait.